Non, il n'y a pas de "vie privée" sur Facebook et oui Facebook est un médium d'expression publique.
Telle est en substance, selon moi, le postulat sur lequel est fondé le jugement de mes homologues au Conseil de Prud'hommes de Boulogne-Billancourt dans l'affaire Alten.
Fin 2008, trois salariés d'Alten avaient été licenciés pour "incitation à la rébellion" contre leur directrice des ressources humaines et faute grave. Les trois salariés étaient notamment accusés d'avoir incité leurs collègues à "rendre la vie impossible" à la hiérarchie de l'entreprise, lors de conversations tenues sur leurs comptes Facebook personnels, depuis leur domicile. Ces propos avaient été rapportés à la direction par l'un de leurs "amis Facebook"... Drôles d'amis!
Les salariés avaient plaidé le fait que ces échanges avaient un caractère strictement privé ; une vision contestée par la direction, qui a expliqué que Facebook est "un site social" et donc public.
Mais est-ce que vie privée et vie personnelle ont le même sens? Peut-on critiquer son entreprise dans le cadre de sa vie personnelle, même si les propos ne sont eux pas privés? Quid de la liberté d'expression? Et surtout qu'en est-il du droit à l'oubli? Au-delà de ces affaires médiatisées de licenciements dits "Facebook" et de ces utilisateurs faisant les frais de leur usage des réseaux sociaux, telles sont les questions posées, selon moi, aujourd'hui.
La question centrale est véritablement celle de la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle, et non celle entre vie publique et vie privée.
Mais la nature hybride, semi-privée et semi-publique des pages de réseaux sociaux rend l'interprétation du droit plus complexe...
Chacun conviendra cependant que Facebook comme Twitter, Plaxo, Linkedin, MySpace sont des réseaux sociaux, et que sur un "réseau social", on mène une "vie sociale", voire une "vie publique, en communiquant à des dizaines, voir des centaines de contacts, appelés pour Facebook "amis" mais que l'on ne connait en général pas vraiment.
La question finalement demeure celle de la liberté d'expression publique dans le cadre de sa vie personnelle et de sa faculté de critiquer une organisation tierce, fut-elle son employeur, sur un médium moderne et sauvage que le web.
Nul doute que les décisions en première instance par les Conseillers Prud'homaux donneront lieu à des jugements dans d'autres instances telles que la Cour d'Appel et la Cour de Cassation en France, ainsi que la Cour Européenne des Droits de l'Homme...
(Credit Photo : Archive Stephane MORTAGNE)